16. Notre Retour Anticipé en Suisse.

Après une semaine au Pérou, notre boussole intérieure nous a dirigés vers la Suisse.

Dans notre précédent article, nous t’avons raconté notre expérience avec les plantes médecine des shamans Shipibos (cf. article 15). Nous venions de prendre la décision d’annuler toutes les cérémonies prévues et de quitter Pucallpa au plus vite. C’était le lundi 25 juillet aux alentours de 23h. Le lendemain, nous devions encore l’annoncer à Ricardo et Magali, ceux qui nous avaient accueillis sur place. Durant la nuit, Marie ne se sentit pas bien et dut se lever pour vomir plusieurs fois. Le plat de la veille fut emporté par la chasse d’eau mais c’était principalement de la bile, une manifestation tangible du corps physique qui «digérait» ce qui devait être transformé et éliminé. Les nausées continuèrent durant la matinée et aucune nourriture ne persistait dans son estomac. Son état ne s’améliora qu’en début d’après-midi, suffisamment pour accompagner Gilbert en ville. À choisir, Marie aurait préféré rester au lit mais il fallait se rendre à la banque pour retirer des espèces afin de payer nos hôtes ainsi qu’Alicia, la shaman. Nous pensions leur donner l’argent après les avoir avertis de notre départ afin de boucler les comptes, comme on dit. Nous rejoignîmes la grande route à un kilomètre de notre maison dans le but d’intercepter une moto-taxi. Le soleil tapait fort sur nos nuques et sur le sol aux couleurs ocres. Une fois assis sur la banquette arrière d’un taxista, nous nous tenions où nous pouvions sous les soubresauts de notre transport de fortune. Nous tanguions à gauche et à droite à chaque virage que notre conducteur faisait pour éviter des nids de poule sur la route. Heureusement que l’estomac de Marie était vide! C’est durant ce trajet que nous assistâmes à l’une des scènes les plus affligeantes du voyage. Alors que nous traversions un village pauvre, le taxista roula délibérément sur un chien errant qui se trouvait malencontreusement sur sa trajectoire. Nous étions dégoûtés. Nous jurâmes. Cet homme méritait toutes les insultes du monde. Il aurait eu le temps de ralentir, il aurait pu le contourner. Non. Il avait voulu le dominer, l’écraser. Lui faire mal. Pourquoi? Nous nous souvenons encore de nos pensées qui avaient défilé dans nos têtes: quand va-t-il tourner son volant? Quand prévoit-il de ralentir? Nous n’avons rien dit, nous avons cru en sa bonne volonté jusqu’au dernier instant. Fort heureusement, le chien prit au dépourvu a pu épargner son cou de la roue et ne lui tendre que ses pattes en guise de proie. Il couina et s’en alla prendre soin de sa plaie. Un déchirement intérieur. Des larmes montent encore aujourd’hui en nous remémorant ce souvenir. Le plus difficile est d’accepter notre impuissance. Nous ne pouvons pas sauver tout le monde, tous les êtres vivants. Nous n’étions également pas en forme pour riposter. Surtout, nous nous trouvions dans une situation où notre façon de percevoir les choses n’était pas nécessairement la bienvenue. Nous étions des étrangers avec une opinion qui diverge de celle des citoyens qui nous recevaient sur leurs terres. Dans d’autres cultures que la nôtre, les animaux ne sont pas respectés à l’égal de l’homme. Ils nourrissent ou ils travaillent pour l’humain. Leur vie n’est importante que si elle rapporte quelque chose. Défendre la cause d’un chien errant aurait été mal comprise voire mal interprétée. Un conflit intérieur, c’était certain.

Le taxista nous déposa devant la banque nationale du Pérou. Nous ne nous attardâmes pas plus longtemps que pour le payer. À l’intérieur, plusieurs personnes attendaient en file indienne devant les bancomats. Une fois arrivés à hauteur de la machine, nous constatâmes qu’il n’était pas possible de retirer le montant souhaité qui dépassait la limite autorisée. Nous nous dirigeâmes vers les guichets afin d’y remédier auprès d’un conseiller de la banque. Ce dernier exigea plusieurs papiers d’identité afin de vérifier notre solvabilité et procéder au versement des liquidités. Les démarches semblaient s’éterniser comme s’il était compliqué de nous donner l’argent. La masque sur le nez, en raison du Covid, commençait à gêner la respiration de Marie. Une bouffée de chaleur emplissait son corps quand soudain sa vision se dissipa progressivement. «Gilbert, je pars!», l’avertit-elle en se cramponnant à son bras. «Je pars!», réussit-elle encore à dire alors que le sol se dérobait sous ses pieds. Marie s’évanouissait. Pris de court, Gilbert tenta de relever Marie qui s’était affalée contre la paroi du guichet. Assise telle un fantoche dont les fils ne soutenaient plus rien, elle semblait encore répondre d’elle-même bien qu’une partie de son cerveau était dans le noir complet. Il demanda succinctement au conseiller de tout annuler afin de récupérer ses papiers. Celui-ci s’empressa de lui rendre son passeport et sa carte de crédit avant de se munir d’un gel désinfectant pour se purifier les mains. Terrorisé d’être contaminé par le Covid, il brandit le spray en direction de Marie une fois que celle-ci se retrouva tant bien que mal à hauteur du comptoir. Les jambes encore flageolantes, elle lui indiqua son refus d’un geste de la main et de la tête. Toutes les personnes présentes avaient les yeux braqués sur nous, mais aucune ne proposa son aide. Gilbert glissa discrètement à l’oreille de Marie qu’il valait mieux se déplacer à l’écart avant que la situation n’interpelle un agent de la sécurité. Le regard fixé sur les dalles bleues de la banque, Marie se concentra de toutes ses forces pour marcher jusqu’à une banquette à quelques mètres de là. Sa vision n’était pas complètement revenue à elle et elle était sur le point de s’évanouir une nouvelle fois. Un homme en uniforme s’approcha de nous et tendit lui aussi une bouteille de désinfectant. «Ils m’énervent!», s’empressa Marie de penser. Nous ne pouvions compter sur personne, ils avaient peur de potentiellement attraper le Covid.

À savoir qu’au Pérou, la réglementation vis-à-vis du virus est plus stricte qu’au Mexique ou en Colombie. Dans l’avion, il fallait porter deux masques chirurgicaux sur le nez et être vaccinés trois fois pour entrer dans le pays. Pour les non vaccinés comme nous, un test antigénique moins de 24 heures avant le vol était suffisant mais élevait des suspicions.

La tête entre les mains, Marie serra les dents et s’intima de reprendre ses esprits au plus vite. Il était hors de question de terminer la journée dans un hôpital péruvien. Hors de question de séjourner plus longtemps dans cette ville.

Marie:

Je me souviens m’être parlée à moi-même en m’efforçant de rapidement retrouver une vision plus nette. J’avais dit à Gilbert que je voyais la scène au travers d’un gigantesque QR code, ce qui l’avait fait sourire. Nous plaisantons encore aujourd’hui au sujet de cette métaphore. C’était comme si graduellement tout devenait de plus en plus noir jusqu’à ne laisser que deux à quatre minuscules «fenêtres» ou «carrés» de présence sur ce qui se passait. Je ne me suis pas complètement évanouie, Gilbert a été mon ancre dans l’instant présent ce jour-là. Quelle assurance a-t-il démontrée! Je le remercie infiniment. C’était la première fois que cela m’arrivait. Avec le recul, je pense qu’il y a eu une montée de peur à l’idée de ne pas avoir l’argent pour quitter Pucallpa. Une réaction irrationnelle en sachant que nous pouvions procéder à un retrait en deux parties au bancomat s’il le fallait, mais nous voulions éviter de doubler les frais en premier lieu. C’était surtout un concours de plusieurs circonstances en sachant que cela faisait quelques jours que je n’avais pas mangé assez salé ni sucré, sans oublier les deux derniers jours qui avaient dépouillé mon estomac de toutes ses réserves. Peu surprenant que mon corps ait défailli en tenant compte aussi de la fatigue physique et émotionnelle accumulée durant le voyage et exponentiellement peu avant cet incident. Je traversais une grande mue énergétique et ce n’était pas anodin. Il aurait été plus sage de rester alitée, assurément. Il est d’ailleurs très probable que le conseiller derrière son guichet ait cru à une tentative de manipulation de notre part: feinter un évanouissement pour avoir un moyen de pression afin de recevoir notre argent. Nous ne sommes pas assez bons comédiens pour une scène aussi intense à surjouer 😉 .

Il nous fallait du sucre rapide. Ironie du sort ou non, Marie avait décidé, après hésitation, de ne pas prendre son rouleau de bonbons en quittant la maison peu auparavant en se disant qu’elle n’en aurait pas besoin. Gilbert voulut laisser Marie à la banque le temps de se rendre à la pharmacie au vu de son état, mais il était hors de question pour Marie de s’éloigner l’un de l’autre. Sa vue s’était améliorée, tout son champ de vision avait réapparu bien qu’il manquait de netteté. Il y avait des vagues, disait-elle à Gilbert. Comme les ondulations visibles dans l’air lorsqu’une source de chaleur est à proximité. Des fourmillements gagnaient son bras ce qui diminua ses sensations physiques, mais elle reconnut ce symptôme. C’était de l’hyperventilation dû au stress de la situation. Heureusement, elle avait déjà vécu ceci deux ans plus tôt ce qui ne l’inquiéta pas outre mesure. Marie se cramponna au bras de Gilbert et sans un regard derrière eux, ils s’éclipsèrent de l’établissement.

Une pharmacie se trouvait en face. Aucune des personnes sollicitées ne comprenait ce que nous cherchions, en anglais comme en espagnol. De retour sur le trottoir, Gilbert ramassa une fleur et l’offrit à Marie. Émue, ce n’était pourtant pas la première fois qu’il démontrait son amour d’un geste romantique. «Je t’aime», lui dit-elle. «Je suis désolée», ajouta-t-elle. Elle n’appréciait pas être le boulet de la situation. «Tout ira bien», la rassura-t-il avec douceur. Elle s’était assise un instant sur un rebord en pierre jouxtant un arbre. C’était un pas après l’autre que nous traversâmes plusieurs rues à la recherche d’une autre pharmacie quand un distributeur de sodas attira l’attention de Marie. Le Coca Cola fut le remède. En peu de temps, le sucre se répandit dans l’ensemble de son corps et son teint livide se nuança d’un rose plus doux. Bien que le Coca Cola ne contienne plus de feuilles de coca – une médecine répandue au Pérou notamment pour le mal d’altitude – comme à son origine, il n’en est pas moins qu’il a joué un grand rôle dans l’histoire. Nous avons ensuite cherché à acheter des bananes, mais impossible d’en trouver. Nous décidâmes de nous en procurer au petit marché non loin de la maison une fois de retour du centre-ville. Avant, nous retournâmes à la même banque afin de retirer le maximum d’argent liquide autorisé par le bancomat en optant pour la solution de combler le reste de notre dû avec un virement bancaire. Une fois le cash en poche, nous avons hélé plusieurs taxistas avant que l’un d’eux n’accepte notre course. Peu apprécient s’aventurer là où nous résidions car cela implique de revenir ensuite au centre-ville à leurs frais si personne ne leur demande leur service.

Après avoir déposé notre réserve de Coca Cola et de bananes chez nous, nous étions prêts à discuter avec Ricardo et Magali. Le sentiment qui nous habitait n’était pas agréable. Comme avant toute tâche à effectuer qui nourrit un certain malaise intérieur. C’était aussi un autre challenge sur notre chemin afin de nous positionner, nous respecter et surtout nous écouter. Agir en fonction de ce qui résonne en nous. Un enseignement que l’unique figure d’autorité est notre bien-être intérieur, notre Soi Supérieur, et personne d’autre. Marie ne quittait pas sa bouteille de Coca, sa perfusion qui la maintenait debout bien qu’elle avait l’impression de perdre toutes ses dents à chaque gorgée. Magali les informa qu’Alicia serait présente, comme s’ils savaient déjà que nous allions procéder à une «abortion mission» 😉 . À vrai dire, ils avaient été informés par message des nausées de Marie et de l’inconfort digestif de Gilbert alors qu’ils souhaitaient savoir comment nous allions après la cérémonie de Changa (cf. article 15). Ils se doutaient que nous voulions ralentir la cadence prévue à une cérémonie chaque deux jours, sans toutefois envisager que nous souhaitions tout arrêter.

Nous avions convenu au départ de rester deux semaines chez eux. Puis une fois sur place, nous avions choisi de réduire notre séjour à une semaine et des poussières d’où le calendrier serré avec les plantes médecine. Un rythme trop intense pour nous, bien qu’eux-mêmes étaient aptes à intégrer la sagesse des plantes chaque soir s’ils en ressentaient l’appel. Nous arrivâmes chez Ricardo et Magali en même temps qu’Alicia. Lorsqu’elle nous demanda comment nous allions sur les derniers mètres nous séparant de leur maison, nous lui avouions sans détour nous sentir mal au point avec l’envie de nous en tenir à ce que nous avions déjà vécu. Elle acquiesça en donnant quelques conseils pour améliorer le bien-être de nos estomacs. Un soulagement nous emplit les poumons. Quand bien même aucun d’eux ne nous auraient retenus dans notre décision, nous avions le cœur plus léger de constater que la situation se réglait avec fluidité. Sur la terrasse, quand nous étions tous assis en buvant une délicieuse boisson à base de concombre, que Magali avait expressément préparée pour soulager nos estomacs – une des vertus de ce fruit, nous entamâmes le récit de nos états d’être depuis la veille au soir. Ils étaient tous navrés d’apprendre que nous ayons été malades physiquement, chacun à notre manière, en relevant qu’il aurait été préférable de ne pas avoir mangé peu avant la cérémonie. Nous étions pourtant certains que ce n’était pas le déclencheur de nos nausées, mais plutôt l’intensité de la dose chez Gilbert et l’agitation nerveuse chez Marie. Ces réactions faisaient néanmoins partie de la transformation que nous accueillions en nous. Il est reconnu néanmoins que les principes actifs dans les psychédéliques conduisent à des vomissements durant la cérémonie lorsque la guérison énergétique se fait par une purge au travers du corps physique. En effet, le canal exutoire que le transit intestinal représente permet de libérer de lourdes mémoires. À titre d’exemple, il est arrivé une fois qu’une autre personne vomisse durant une cérémonie à laquelle nous participions. Cette personne avait eu une intervention chirurgicale et l’Ayahuasca (cf. article 15) avait procédé à un nettoyage des résidus chimiques qui entravaient son bien-être. C’est donc l’une des raisons pour lesquelles il est recommandé d’avoir le ventre vide, bien que les nausées ne soient présentes que dans un faible pourcentage de cas. Au-delà du confort digestif, accueillir la médecine d’une plante s’accompagne d’une diète qui prépare notre être sur plusieurs plans. Nous nous apprêtons physiquement mais aussi mentalement et émotionnellement à ouvrir l’espace en nous et le rendre le plus «pur» possible. Pour en revenir au récit, nous leur partagions nos ressentis en réalisant que tout s’était passé d’une manière alignée à ce que nos êtres avaient prévu de transmuter même si dans la forme, ce n’était pas tout à fait agréable. Nous humains, aimons contrôler. Nous souhaitons aussi éviter certaines étapes de la guérison, mais celles-ci sont essentielles afin de pleinement intégrer l’enseignement sous-jacent et libérer les traumas qui nous entravent sur notre chemin. En cet instant, ce dont nous avions besoin, c’était de temps pour interpréter les messages reçus, pour assimiler la mue qui s’était produite en nous. C’est donc sans aucune résistance, car nous étions nous-mêmes à l’écoute de notre âme, que nos trois accompagnants respectèrent notre décision. En réalité, nous avions été avides de tout tester par curiosité. Nous voulions tant profiter de cette chance d’être dans l’Amazonie péruvienne auprès de shamans Shipibos que nous n’avons pas su poser nos limites au début. L’important étant de savoir quand s’arrêter. C’est comment nous réagissons aux événements qui fait toute la différence. Nous avons passé un cap initiatique. Nous avons grandi, évolué. Nous avons aussi appris à écouter notre intuition hors de notre zone de confort, à faire confiance à ce qui s’éveille en nous. La peur mentalise les pires scénarios, mais elle est aussi un fidèle allié pour se prémunir de tout excès. À ceci nous aimerions ajouter que bien que nous n’ayons pas eu le feeling avec Alicia, la shaman, ceci ne sous-entend pas que les hommes et femmes médecine soient tous similaires à elle. Derrière le masque de la figure d’autorité se cache une femme comme une autre, une humaine avec qui nous n’avons simplement pas eu d’affinités. Certes, certains shamans abusent de leur influence auprès des européens venus tester leur médecine, mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours deux personnes impliquées dans une relation. Le bourreau a le pouvoir que si la victime le lui donne. Nous sommes tous responsables.

D’ailleurs, nous avons déjà rencontré des shamans extraordinaires. Peut-être ne sont-ils pas nés au Pérou, mais est-ce que cela est-il si important en sachant que les frontières n’existent que sur la carte du monde? La sagesse intuitive est sans limite. En chacun de nous brûle la flamme de notre existence multi-dimensionnelle et interreliée. Il n’est donc plus nécessaire pour nous de courir à la rencontre de personnes ou de situations aux confins du monde pour nous reconnaître en eux et éveiller nos facettes encore dans l’ombre. Nous sommes déjà la version de qui nous souhaitons être. Nous sommes. Et c’est ainsi qu’en réalisant que nous étions arrivés là où nous voulions être dans notre voyage, soit au Pérou puis en Argentine, que nous comprenions que nous étions arrivés là où nous voulions «être» en nous. Nous savions qu’il était temps pour nous de rentrer chez nous, de rentrer en Suisse.

En plus des raisons évoquées, d’autres facteurs s’étaient ajoutés à cette décision presque inopinée. En réalité, elle n’était pas tant surprenante qu’elle en avait l’air.

Cela faisait quelques temps que la nostalgie de la Suisse nous prenait au dépourvu malgré le renouveau qu’apportait chaque nouvelle ville que nous visitions. Qui plus est, notre chienne Aiyanna nous manquait de plus en plus, creusant un vide inconfortable en nous. Nous réalisions que nous avions déjà tant vu et parcouru en peu de temps sans avoir tout assimilé que continuer le voyage serait devenu une overdose. Grâce à cette expérience, la première d’une telle ampleur, nous constations aussi qu’une durée moyenne de trois semaines nous convenait mieux que celle s’étirant sur plusieurs mois. Les autres éléments-clé qui nous ont incité à rentrer sur le sol helvétique étaient liés à la situation socio-politique, sanitaire et touristique du voyage. Premièrement, les émeutes en raison de l’élévation des coûts relatifs à la rareté des ressources se propageaient un peu partout en Amérique du Sud. Lima avait connu des manifestations importantes durant le printemps et elles persistaient bien que ce ne soit que dans certains quartiers en particulier. D’autres étaient annoncées en Argentine, notamment à Mendoza qui était l’une des villes que nous voulions visiter par la suite. La situation sanitaire liée au Covid n’arrangeait pas nos transits vu qu’il fallait se faire tester à chaque frontière et nous refusions de payer pour subvenir à cette politique de la paranoïa. La variole du singe quant à elle paraissait devenir sérieuse au regard des autorités. Que faire si leurs paroles devenaient des actes concrets? Au niveau touristique, nous avions du mal à participer à cette consommation effrénée sur les sites sacrés. Au fur et à mesure du voyage, observer le clivage entre les zones touristiques et les espaces urbains défavorisés devenait insoutenable. Aussi, nous ne voulions plus nous déplacer en bus et privilégier un transport plus sûr. Dans un pays où les distances se parcourent en dizaine d’heures, l’avion semblait le plus pratique mais le prix des billets pour des vols internes en cette haute saison avait grimpé à un montant trop élevé. Et puis, traverser plusieurs fois un pays en avion ne correspondait pas à notre vision d’un voyage à sac à dos. Nous savions aussi que le Machu Picchu était criblé des pas de milliers de touristes chaque semaine. Devenue une véritable attraction touristique avec magasins et hôtels, la citadelle Inca nous paraissait en phase de démolition énergétique. En effet, l’idée de nous retrouver sur place au cœur d’une tornade de personnes dans l’agitation de tout voir en peu de temps, bloquait notre élan. Face à cette situation, les indigènes souffrent et lancent des pétitions pour réduire le nombre de billets vendus par jour alors que les touristes militent pour exprimer leur mécontentement que le quota d’entrées ne soit pas assez suffisant. Et finalement, de jolies graines avaient germé en nous durant le voyage concernant nos projets professionnels respectifs. Nous étions mus par une certaine impatience à les faire fleurir dans un terreau de renouveau. Somme toute, nous étions prêts pour la suite.

Le jour du départ, Magali nous offrit à chacun un parfum de la chance nommé «Pusanga» qu’elle avait elle-même préparé pour nous. Nos cœurs bondissaient de gratitude. Quant à Ricardo, il sauva la vie de la chienne malade qui avait élu domicile dans notre jardin en lui injectant une dose d’ivermectine qui lutte contre les parasites dans le corps. Sans son intervention, elle serait décédée à l’heure qu’il est malgré les bons soins emplis d’amour de Gilbert. Nous ne pouvions rêver mieux afin de partir l’âme légère. Nous ne révélâmes pas à nos hôtes que la destination suivante de notre voyage était notre pays natal. Nous les avertîmes simplement que nous avions prévu de prendre l’avion le vendredi suivant en partance pour Lima, le seul aéroport international au Pérou. Nous avions pourtant deux problématiques à résoudre. La première, c’est que nous avions déjà acheté les billets de retour depuis le Costa Rica – où nous souhaitions terminer notre voyage – à destination de Genève. Nous allions devoir entamer des démarches afin d’être remboursés, avec un peu de chance. La seconde, c’est qu’il ne resterait qu’un soupçon de liquidités à disposition sur notre carte de crédit – en raison des échéances de remboursement à respecter – une fois le paiement effectué pour réserver nos billets d’avion de Pucallpa à Lima et de Lima à une ville en Europe, peu importe laquelle. Nous décidâmes d’acheter uniquement les billets du premier vol pour aviser de la suite une fois sur place à Lima. Les détails pratiques mis de côté, nous profitâmes des deux journées qui suivirent pour nous reposer. Nous émettions aussi l’idée de revenir au Pérou dans quelques années et le visiter différemment, avec un regard apaisé et en ayant programmé d’avance le trajet pour atténuer certains des inconvénients cités plus haut. Nous aurions ainsi l’occasion un jour de découvrir les pépites artistiques du Pérou, en l’occurrence ses tissus aux splendides couleurs et ses habits faits à la main. Nous avons néanmoins eu l’opportunité de voir de plus près les tissages authentiques en coton que les femmes Shipibos réalisent à la main et d’en acheter quelques-uns confectionnés par Alicia. Il s’agit de broderies assez fines ornées de points qui forment des dessins qui sont canalisés lors d’états de conscience modifiés grâce à la médecine des plantes. La technique se nomme «Shipiba» et les étoffes réalisées sont un canal d’expression de leur sagesse où chaque ligne représente une signification spirituelle. Ces tissus hautement vibratoires ornent souvent les autels de leur maison. À n’en point douter que le nôtre embellira notre futur cocon une fois de retour en Suisse.

L’avion pour Lima eut plus d’une heure de retard si bien que la correspondance que nous prévoyions de prendre pour Amsterdam nous était passée sous le nez. Heureusement que nous n’avions pas réservé notre deuxième vol à l’avance. Nous fûmes contraints de passer la nuit dans un hôtel à proximité de l’aéroport pour nous envoler le lendemain dans un avion qui nous amènerait à Paris. Grâce à une astuce, celle de réserver nos vols sur l’URL de Singapour de la compagnie aérienne, nos frais furent moins élevés ce qui épargna une centaine de francs sur la carte de crédit. Nous avions aussi une carte Revolut en cas de détresse, mais elle n’était pas suffisamment chargée pour couvrir le montant de deux billets d’avion outre-Atlantique. Le vol dura treize heures. Nous ne pûmes nous empêcher de sourire à l’idée de fouler le sol européen, même si le territoire était français – petite blague entre suisses 😉 . Nous devions encore réserver nos billets d’avion jusqu’à Genève, ce que nous n’avions pas fait au départ car nous avions opté pour le train qui s’avéra finalement moins pratique au niveau des horaires et des correspondances. Impossible alors d’acheter nos billets en ligne, nous dûmes nous rendre au service-client de la compagnie aérienne. Celle-ci ajoutait des frais d’environ trente euros par personne. Après un autre essai depuis notre téléphone et aux côtés de l’hôtesse, nous réussîmes à éviter la surcharge et obtenir nos billets au tarif indiqué en ligne. Tout de même, ce retour précipité trouait nos porte-monnaies de toutes parts! En tenant compte des billets perdus en date du 31 octobre, la somme à payer pour revenir en Suisse s’éleva à presque 2’000 francs chacun. C’est finalement vers 20h que la Suisse nous ouvrit ses bras. Nous passâmes notre première nuit dans un hôtel Ibis en zone industrielle. Non pour perpétuer la vibe nomade, mais parce que nos familles respectives étaient en vacances.

Le mois d’août passa à une vitesse grand V. Ayant trouvé refuge dans l’appartement de la maman de Gilbert, la première semaine fut dédiée à la recherche d’un nouveau logement en Valais (cf. article 1). En effet, des sous-locataires résidaient dans notre appartement et nous nous retrouvions sans domicile fixe. Nous avions déjà comme projet de changer de canton à notre retour de voyage. Les circonstances nous conduisirent à avancer la date prévue de trois mois. Nous contactâmes les sous-locataires pour leur demander s’ils étaient éventuellement intéressés à reprendre notre appartement. Ceux-ci furent enchantés! Ni une ni deux, nous avions tout arrangé entre nous pour faciliter les démarches de la reprise de location. Alors que nos recherches en Valais n’avaient mené à rien en fin d’année 2021, elles aboutirent cette fois-ci à la signature d’un bail en une semaine. Nous avions trouvé un appartement dans un chalet qui correspondait à nos envies pour débuter notre nouvelle aventure. Les deux semaines suivantes, nous ébauchions les prémices de nos projets respectifs. Nous avons réintégré notre ancien appartement une dizaine de jours avant l’état des lieux ce qui nous permit de finaliser les cartons. Le 29 août, jour pour jour un mois après notre départ de Pucallpa, nous ajoutions notre nom à la boîte aux lettres de notre nouveau cocon d’amour. Nous étions Valaisans.

Nous te parlerons plus en détail de nos activités professionnelles dans un prochain article.

Nous espérons que notre récit témoigne des synchronicités de la Vie, qu’il te raconte à quel point nous sommes responsables de ce que nous manifestons et que tout est juste tel que cela se produit.

Avec Amour,


Marie & Gilbert.

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